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La lettre des énergies renouvelables du 06/03/2015


3 questions à... Daniel Bour - "Sur l'autoconsommation, l'État ne semble pas pressé"

Crédit photo : DR.

Hier, au salon BePositive, Enerplan organisait une conférence sur les opportunités pour l’autoconsommation du photovoltaïque. L’occasion de faire le point avec Daniel Bour, président d’Enerplan, le syndicat des professionnels de l'énergie solaire.

Comment se développe l'autoconsommation aujourd'hui ?

Dans le sud de la France, la parité est atteinte pour les consommateurs au tarif électrique bleu, et elle est proche de l’être pour ceux au tarif jaune. Ainsi, le photovoltaïque en autoconsommation est rentable dans le résidentiel individuel avec de la microgénération, pour couvrir le talon de consommation électrique entre 250 Wc et 1 kWc selon les équipements et le profil de consommation, en visant au moins 80 % d’autoconsommation. Ce type d’équipement se développe bien dans le neuf avec la RT2012 et l’exigence énergies renouvelables en maison individuelle. Hors du résidentiel individuel, des projets ont été réalisés dans le tertiaire et l’industrie, notamment avec le soutien des appels à projets dans les Régions.

Où en sont les discussions sur le nouveau cadre réglementaire sur l'autoconsommation ?

Enerplan a été très impliqué dans ce groupe de travail piloté par la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC). À la suite du travail achevé à l’été 2014, avec le rapport officiel publié récemment, qui préconise des réflexions à mener et des initiatives à engager, il n’y a malheureusement aujourd’hui aucun travail ministériel avec les professionnels de lancé, ni de calendrier pour les conduire. Sans attendre l’État, qui ne semble pas pressé de faire avancer ce sujet, Enerplan travaille avec ses membres pour faire des propositions concrètes afin de créer un cadre favorable au déploiement de ce marché qui pèse très peu sur la CSPE..

Quelles sont les propositions concrètes ?

Au niveau de la déclaration au gestionnaire de réseau des installations en autoconsommation, il devrait y avoir une procédure dédiée simplifiée, à effectuer en ligne avec l’édition directe de la convention d’exploitation, pour ne pas retarder les mises en service de plusieurs semaines pour raisons administratives, comme c’est le cas aujourd’hui. La vente locale directe d’électricité à un tiers, sans passer par le réseau de distribution, n’est aujourd’hui pas précisément identifiée dans la réglementation. Nous souhaitons la création d’une définition propre au fournisseur d’électricité renouvelable produite et consommée localement. Cela permettrait notamment l’autoconsommation pour l’habitat collectif, qui peut être dès aujourd’hui un marché naturel, sans prime ni tarif d’achat. Ce marché à “zéro euro de CSPE” peut être déclenché avec une clarification administrative. Ne nous en privons pas !

Quels sont les enjeux de l'autoconsommation à l'échelle d'un territoire ?

Les enjeux sont importants pour le secteur solaire, car le foisonnement des consommations pilotées intelligemment à l’échelle d’un territoire permet de dimensionner les installations pour autoconsommer localement 100 % de la production solaire. L’électron solaire en circuit court est compétitif, il lui faut un cadre réglementaire simple et adapté pour permettre l’essor de la production décentralisée à de multiples consommateurs. 
Avant d’attaquer la problématique de l’alimentation des villes et villages à énergie positive, il faut traiter la maille de l’îlot énergétique, soit un réseau privé pour plusieurs bâtiments contigus (sans passer par le réseau public de distribution). L’îlot énergétique est un formidable territoire d’expérimentation pour le photovoltaïque 100 % autoconsommé. Diversifier les consommateurs d’électricité solaire locale permet de fiabiliser la courbe de charge et assure la consommation à long terme. Il faudra ensuite traiter la maille plus grande et plus complexe du quartier, avec la problématique d’usage du réseau de distribution et de non-usage du réseau de transport.