La lettre des énergies renouvelables du 15/04/2014

AIE - Maria van der Hoeven veut transformer les réseaux

Dans la plupart des pays, l'éolien et le photovoltaïque sont des technologies clés pour décarboner la production d'électricité. Or, il est souvent considéré qu'une pénétration importante de ces énergies variables impose de coûteuses transformations du système électrique. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) vient de produire une étude permettant de faire le tour de la question. Actuellement, éolien et solaire produisent environ 3 % de l'électricité mondiale, mais certains pays ont déjà des taux de pénétration allant de 10 % à plus de 30 % : Italie, Allemagne, Irlande, Espagne, Portugal ou Danemark. En France, cette part était de 3,7 % en 2013. Le premier enseignement de l'étude est qu'il n'y a pas de limite technique à la quantité d'énergies variables qu'un système puisse accepter sur le long terme. « Tous les systèmes analysés peuvent déjà aujourd'hui accepter une part de 25 % d'énergie variable, constate Maria van der Hoeven, la directrice exécutive de l'AIE. Cela est même vrai pour des systèmes peu flexibles comme celui du Japon. »

Réseaux : transformer le système électrique

Toute la question est ensuite de savoir à quel coût cette part peut croître. Le rapport constate qu'intégrer de 5 à 10 % de solaire et d'éolien ne pose aucun problème économique dans aucun pays, à condition de les faire participer à l'équilibre du réseau, de régler les éventuels "points chauds" localement, et de disposer d'outils de prévision efficaces. Les systèmes électriques savent déjà gérer de fortes variabilités, lorsque la demande augmente subitement en quelques heures. Pour pouvoir dépasser un taux de 30 % en limitant les surcoûts, il ne faut en revanche pas se satisfaire d'ajouter les nouvelles capacités de production mais bel et bien de transformer le système électrique. Il s'agit en effet de se doter de moyens de production flexibles (hydraulique ou centrales à gaz), d'un réseau robuste, intelligent, avec de nombreuses interconnections, de moyens de stockage peu onéreux et de moyens de gestion de la demande (en anglais Demand Side Management).

Adapter le réseau à moindre coût

Dans les économies encore en évolution qui connaissent une demande croissante d'électricité, comme l'Inde, la Chine ou le Brésil, l'intégration des énergies variables peut aller de pair avec l'expansion des systèmes, sans surcoût. Dans les systèmes stabilisés, comme en Europe, l'existant a besoin d'être revu afin que les moyens de base difficilement réglables cèdent progressivement la place aux énergies variables. Selon la flexibilité du système existant et le degré de transformation nécessaire, le surcoût peut être plus ou moins élevé mais il reste modeste même dans le pire des cas : « Notre modélisation montre que, sur le long terme, un système électrique complètement transformé comportant 45 % d'éolien et de photovoltaïque dans sa production annuelle d'électricité – soit dix fois plus que dans la plupart des systèmes actuels – est seulement 15 % plus cher qu'un système sans aucune énergie renouvelable, précise Maria van der Hoeven. Et ce faible surcoût a été calculé avec les technologies actuelles et un coût modéré de la tonne de carbone de 30 dollars. Dans le futur, l'éolien et le photovoltaïque auront des coûts plus faibles. En combinant cela avec des prix plus élevés du CO2, les surcoûts liés à une part aussi élevée d'énergie renouvelable variable pourraient tendre vers zéro. »

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