La lettre des énergies renouvelables du 29/10/2014

Japon - Conflit solaire en vue

Plus de 11 GW d'énergie renouvelable ont été installés lors des deux dernières années au Japon, depuis l'introduction de tarifs d'achat en juillet 2012. La quasi-totalité (98 %) de la puissance installée revient au solaire. Un rapport statistique du ministère de l'Économie (METI) indiquait en août que les trois quarts des nouvelles capacités installées l’avaient été hors du secteur résidentiel. Le Japon aurait par ailleurs déjà approuvé 71,8 GW de nouveaux projets, constitués à 96 % de centrales photovoltaïques, ce qui représente plus de deux fois la capacité installée à ce jour, toutes énergies renouvelables confondues (hors grande hydraulique). Alors qu'en dix ans, de 2001 à 2011, la part de l'électricité renouvelable progressait poussivement, passant de 0,7 % à 1,1 %, elle fait des bons depuis l'adoption de tarifs d'achat, jusqu'à s'établir à 4,4 % en mai dernier. En ajoutant les 8 % de l'électricité hydraulique, le total s'établit à 12,4 %, un chiffre assez significatif pour inquiéter les acteurs traditionnels du secteur électrique. L'oligopole des électriciens nippons, qui détient à la fois les moyens de production et les réseaux, fait ce qu'il peut pour restreindre l'accès au réseau de ces nouveaux arrivants sous le prétexte, déjà largement usé en Europe, qu'ils mettent en péril la stabilité du système. Il était déjà notoire que ces opérateurs recourent à des coûts ou délais de raccordement prohibitifs, qui expliquent notamment le faible développement de l'énergie éolienne dans le pays. Depuis peu, le conflit est sur la place publique.

Refus de raccorder

Fin septembre, la compagnie Kyushu Electric Power a annoncé qu'elle suspendait de façon unilatérale toute négociation pour le raccordement d'installations d'électricité renouvelable, à l'exception des systèmes résidentiels de moins de 10 kWc. La semaine suivante, six autres compagnies lui emboitaient le pas, aboutissant à ce que sept des dix électriciens du pays restreignent l'accès aux énergies renouvelables. Le METI a annoncé avoir monté un groupe de travail à la mi-octobre pour étudier les revendications des électriciens et vérifier que les risques pour les réseaux sont fondés. Selon l'agence Reuters, Seth Sulkin, PDG de Pacifica Capital KK, développeur de projets solaires situé à Tokyo, accuse « le METI et le lobby nucléaire [de vouloir] tuer l'industrie photovoltaïque ». Pour sa part, Tomas Kåberger, directeur exécutif de la Japan Renewable Energy Foundation, remarque : « Tant que le monde dépendait des énergies fossiles et de l'uranium pour satisfaire ses besoins énergétiques, le Japon était un pays pauvre en ressources, puisque le combustible nucléaire, le charbon, le pétrole et le gaz sont tous importés. À l'inverse, depuis que les technologies sont devenues économiquement accessibles pour exploiter les énergies renouvelables, le Japon peut devenir un des pays les plus riches au monde en ressources grâce au vent, au solaire, à la biomasse et à l'énergie géothermique disponibles dans ses îles ». Une évidence qui semble encore avoir du chemin à faire au sein du gouvernement nippon. Il serait temps que ce dernier se décide à séparer les activités de producteurs d'électricité de celles de gestionnaires de réseau, afin de garantir un traitement équitable aux nouvelles énergies.

En savoir plus : Japan Renewable Energy Foundation