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La lettre des énergies renouvelables du 15/09/2015


Caraïbes - La géothermie haute énergie en plein boum

La centrale géothermie de Bouillante, aux Caraïbes pourrait accroître sa production grâce à l’arrivée d’un nouvel investisseur en 2016.

Légende : La centrale géothermie de Bouillante, aux Caraïbes pourrait accroître sa production grâce à l’arrivée d’un nouvel investisseur en 2016.
Crédit : BRGM.

Durant deux jours, la géothermie était à l’honneur en Guadeloupe. La géothermie haute température, moyen de production électrique, jouit d’un potentiel très important dans les départements d’outre-mer. Un séminaire international a permis d’asseoir la géothermie dans les Antilles et de clore le programme Interreg IV Géothermie Caraïbes Phase II. L’occasion de faire le point sur les projets emblématiques pour les Caraïbes : la centrale de Bouillante pourrait passer à la vitesse supérieure en 2016, tandis que le vaste projet en Dominique, qui aurait pu alimenter la Martinique et la Guadeloupe, est à l’arrêt. Le gouvernement de Saint-Kitts et Nevis a également annoncé qu’une entreprise guadeloupéenne, Teranov, assurera la caractérisation et le développement de sa ressource.

Étude en profondeur pour l’environnement et l’acceptabilité

Pendant trois ans, entre 2012 et 2015, la Région Guadeloupe et ses partenaires (Martinique, Ademe, BRGM, gouvernement du Commonwealth de la Dominique, AFD, CDC, groupe ÉS) n’ont pas chômé. Via le programme Interreg IV Géothermie Caraïbes Phase II, ils ont rédigé un guide sur l’intégration environnementale de la géothermie en contexte insulaire. Les aspects juridiques d’une éventuelle interconnexion électrique par câbles sous-marins entre la Guadeloupe, la Dominique et la Martinique, ont aussi été étudiés. Des actions pour les quinze prochaines années, ainsi que la mise en place d’un dispositif financier pour les phases initiales des projets ont été proposées. L’acceptabilité sociale a également été un axe majeur du programme. Plusieurs réunions publiques, notamment en Dominique, ont informé les habitants des techniques employées.

Engie renonce à la Dominique

Avec tous ces préliminaires, la géothermie dans les Antilles est en ordre de marche. Alors quand émergeront les futurs projets ? « La géothermie dans les DOM avance au même rythme qu’en métropole, rassure Benoît Imbs, chargé d’affaires pour le groupe ÉS, qui fait partie du comité de pilotage du projet Interreg IV. Les instructions, les consultations ou les enquêtes publiques prennent du temps. Par exemple en Alsace, en 2015, elles ont été repoussées à cause des élections. Pour développer la filière, il ne faut pas de contre-exemple. La Dominique a pris toutes les mesures nécessaires pour limiter un maximum l’impact de la géothermie sur son environnement. » Mais aujourd’hui, le projet, qui pèse plus de 450 millions d’euros, est à l’arrêt. Après le départ d’EDF en 2013, Engie (ex-GDF-Suez) s’était engagée dans le projet de la Vallée de Roseau en mars 2014. Mais, le 10 septembre, en marge du lancement de la COP 21, Gérard Mestrallet, président directeur général d’Engie, aurait annoncé à Victorin Lurel, président de la Région Guadeloupe, qu’il renonçait à ce projet, selon le journal France Antilles Guadeloupe. Si le projet de la centrale géothermique, d’une centaine de mégawatts, demeure, sa concrétisation est retardée, ne serait-ce que pour laisser au pays le temps de se relever des dégâts importants induits par le passage fin août de la tempête Erika.

Un futur investisseur pour Bouillante

En Guadeloupe, une bonne nouvelle pourrait relancer la filière. À Bouillante, la seule centrale en activité dans les Antilles françaises recherche un nouvel investisseur. « Les négociations pourraient déboucher positivement au premier trimestre 2016 », explique Didier Gauthier, le directeur général de la centrale. Située en Guadeloupe, sur un réservoir d’eau chaude (250 °C), la centrale puise l'eau sous pression à des profondeurs proches de 1 000 mètres. Elle possède déjà deux unités de production, avec un objectif de production de 100 GWh. Avec 6 % environ de l'électricité consommée dans l'île, elle est un des principaux contributeurs à la production d'énergies renouvelables en Guadeloupe. Son potentiel pourrait encore être accru à l'avenir avec l'ouverture d'une troisième unité. Pour cela, le BRGM, qui détient 97,8 % de Géothermie Bouillante, recherche 75 à 80 millions d’euros. « Avec cette somme, nous pourrons continuer les forages de reconnaissance et construire “B3”, une troisième unité estimée à plusieurs dizaines de mégawatts électriques. » Ce nouvel investisseur, qui connaîtra très bien la géothermie, pourrait apporter un nouveau souffle à Bouillante, mais également à tous les projets antillais.