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La lettre des énergies renouvelables du 15/09/2015


R&D stockage - Partenariat franco-canadien en Aquitaine

Lacq a fait sa réputation industrielle dans la chimie grâce à 50 ans de production de gaz commercial.

Légende : Lacq a fait sa réputation industrielle dans la chimie grâce à 50 ans de production de gaz commercial.
Crédit : Jean-Michel Etchecolonea.

Une technologie innovante de stockage de l’énergie est actuellement développée à Lacq (Pyrénées-Atlantiques) via un partenariat franco-canadien. Des batteries dix fois plus performantes qu’aujourd’hui seront fabriquées à l’horizon de 5 à 10 ans. La région Aquitaine et le géant canadien de l’énergie Hydro-Québec, via sa filiale SCE France, ont signé des accords de collaboration avec une start-up, Aquitaine Energy Factories. Ensemble, ils pourraient mettre au point une nouvelle technologie de stockage. « Cela fait déjà cinq ans que nous travaillons sur ce projet dont les applications sont possibles aussi bien pour le stockage stationnaire qu’embarqué. Les recherches sont très prometteuses », souligne Denis Lagourgue, porteur du projet. L’idée de cet ingénieur franco-canadien, et de son collègue Alain Jullien, est de créer un site dédié au stockage de l’énergie, avec de la recherche, de l’industrie et de l’enseignement. La première phase du projet est en route. Un laboratoire de recherche fondamentale a ouvert en septembre. Les chercheurs travaillent sur les matériaux du futur qui serviront à produire des batteries industrialisées dans 5 à 10 ans. Deux nouveaux acteurs sont associés au projet : le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) et le groupe Arkema, acteur important dans la chimie des matériaux.

Stocker entre 2 et 4 MW

L’enjeu est de taille : le secteur des énergies renouvelables n’a pas encore trouvé de solution, efficace et abordable, pour le stockage de l’électricité à grande échelle. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit un besoin en stockage en 2050 de 8 % de la puissance d’EnR installées au niveau mondial ! De son côté, Hydro-Québec a déjà mis au point une technologie associant phosphate de fer et nano-titanate, capable de donner naissance à des batteries électriques plus petites, plus légères, plus sûres. « Avec cette technologie, une batterie qui a la taille d'un container peut stocker entre 2 et 4 MW. On pourrait en mettre aux pieds des champs d'éoliennes et de panneaux photovoltaïques et/ou en faire des stations-service de rechargement de véhicules électriques », prévoit Denis Lagourgue. La technologie actuelle permet de supporter 30 000 cycles de chargement (contre 1 000 pour le lithium-ion concurrent) et a une durée de vie supérieure à dix ans.

L’objectif d’Aquitaine Energy Factories est de s’appuyer sur les travaux de l'Institut de recherche d’Hydro-Québec (IREQ) pour trouver, d’ici à dix ans, des matériaux dont les batteries seront capables de stocker dix fois plus d’énergie que les dispositifs lithium-ion actuels, et de supporter un grand nombre de cycles. Dans cinq ans, une voiture électrique pourrait rouler 500 km en totale autonomie, à la place de 160 km aujourd’hui.

Un projet d’envergure internationale

Pour arriver à se hisser à l’échelle internationale, les associés voient grand. La phase 1 du projet est le développement des moyens d’expérimentation, qui va mobiliser 50 millions d’euros d'investissement et génèrera 50 emplois. Dans trois ans, le projet vise l’industrialisation des batteries, avec un budget proche de 500 millions d’euros. « L'objectif est de produire cinq millions de cellules de batteries par mois, ce qui va diviser leur prix par trois ou cinq », ajoute l’ingénieur franco-canadien. On parle, d'ores et déjà, de la création possible d’un site de production industrielle de 80 hectares sur le bassin de Lacq. « Mais cette phase-là ne sera pas pilotée par Aquitaine Energy Factories. Nous n’avons ni les structures ni les moyens financiers, nous avons passé le relais au conseil régional d’Aquitaine. »