Derbi 2015, 9e Conférence Internationale (Perpignan)

La lettre des énergies renouvelables du 25/06/2015


Écotourisme et géothermie - Chaleur renouvelable pour les Villages Nature

Les 6 000 m<sup>3</sup> d’eau de l’Aqualagon de Villages Nature en Seine-et-Marne seront maintenus à 30-34 °C grâce à la chaleur géothermique.

Légende : Les 6 000 m3 d’eau de l’Aqualagon de Villages Nature en Seine-et-Marne seront maintenus à 30-34 °C grâce à la chaleur géothermique.
Crédit : Villages Nature.

Situé en Seine-et-Marne, à un jet de pierre du parc Euro Disney, le futur ensemble “Villages Nature” n’est encore qu’un vaste chantier de 180 hectares. Pour l’heure, une quinzaine de grues hérissent l’horizon. Au sol, les ouvriers s’activent pour faire sortir de terre les infrastructures de cette future destination de vacances se voulant une « innovation majeure en matière de tourisme familial durable ». Sur les eaux turquoises d’un des lacs créés près des futures habitations, alimenté d’eaux de pluie, une canne et sa descendance sinuent paisiblement, indifférentes au ballet des camions. On aperçoit au loin un derrick de forage, dont les opérations viennent de débuter. Non, l’exploration d’hydrocarbures n’est pas à l’ordre du jour pour compléter le business model de ce village visant une « quête d’harmonie entre l’homme et la nature ». Le forage cible l’eau chaude du Dogger, cet aquifère du Bassin parisien situé entre 1 600 et 2 000 mètres de fond, dont les eaux affichent des températures comprises entre 60 °C et 80 °C.

Villages Nature, fruit d’un partenariat entre les sociétés Euro Disney et Pierre & Vacances – Center Parks, va en effet couvrir l’ensemble de ses besoins de chaleur grâce à la géothermie. Les études préalables ont montré que l’infrastructure pourrait tabler sur « des eaux aux alentours de 76 °C, remontées avec un débit de l’ordre de 300 mètres cubes par heure, dopé par une pompe immergée », précise Soraya Bensadi, en charge du projet chez Cofely Réseau, la filiale d’Engie (ex-GDF-Suez), qui construit et exploitera ensuite ce réseau.

La puissance calorifique des eaux remontées des profondeurs sera ensuite captée par un système d’échangeur au sein d’une centrale géothermique de 13,5 MW. Une fois tiédie, l’eau sera réinjectée dans le sous-sol, dans une seconde cellule, atteinte grâce à un second forage et distante de 1 500 mètres de la première, afin de ne pas refroidir le flux ascendant.

Un aqualagon… en Seine-et-Marne

La géothermie chauffera les 1 157 “unités d’habitations” de Villages Nature, ses commerces mais aussi son “aqualagon”. Le village, qui doit ouvrir courant 2016, disposera en effet d’un grand parc aquatique de 6 000 mètres cubes d’eau, dont la température s’échelonnera entre 30 et 34 degrés pendant toute l’année. Par souci d’économie, les eaux seront rentrées tous les soirs dans une zone couverte pour éviter des déperditions de chaleur nocturnes. Les excédents de chaleur géothermique seront aussi exploités au sein de nouveaux développements immobiliers de Marne-la-Vallée, et par le parc Disneyland Paris, dont le réseau sera relié à celui de Villages Nature. « Cette connexion va permettre de verdir 40 % de l’énergie chez Euro Disney », affirme Laurent Tosello, le directeur exécutif du projet Villages Nature. À l’inverse, la centrale au gaz d’Euro Disney, surdimensionnée par rapport aux besoins du parc, pourra servir d’appoint côté Villages Nature, ajoute le dirigeant.

La mise en œuvre de cette infrastructure géothermique représente un investissement de 41 millions d’euros. Omnes Capital, société de capital-investissement spécialisée en infrastructures, et Kyotherm, société d’investissement dédiée aux projets d’efficacité énergétique, en ont apporté la majorité. L’Ademe et la Région Île-de-France ont, elles, subventionné le projet à hauteur de 9,5 millions d’euros. Cette installation doit permettre d’éviter le rejet de 9 000 tonnes de dioxyde de carbone par an dans l’atmosphère, indique Omnes Capital, soit l’équivalent de près 4 000 véhicules retirés de la circulation.

Selon l’Association française des professionnels de la géothermie (AFPG), la France se place au cinquième rang européen des producteurs de chaleur géothermique, avec une production annuelle estimée en 2010 à 4 150 GWh par an, couvrant les besoins de 1,8 % de la population française. Plusieurs forages sont en cours en Île-de-France, à Arcueil, Bagneux ou encore Rosny-sous-Bois.