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La lettre des énergies renouvelables du 27/05/2015


Géothermie - Les forages foisonnent en Île-de-France

Le futur puits de Rosny-sous-Bois (93)

Légende : Le futur puits de Rosny-sous-Bois (93) prélèvera à 1800 mètres de profondeur de l’eau chaude à 60 °C pour alimenter près de 10 000 équivalents logements.
Crédit : Ludovic Le Couster.

De près, le doute n’est plus de mise. Non, la tour métallique haute de 36 mètres visible depuis l’autoroute A86 n’est pas une attraction de fête foraine, mais bien un derrick de forage, vision plutôt insolite sous ces latitudes. Attenant au centre commercial Domus de Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, balise familière des Franciliens quittant la capitale vers le nord, le site fourmille d’activité. Sur le chantier encombré de containers où sont nettoyées les boues de forage remontées des profondeurs, les équipes mènent les opérations tambour battant, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. D’ici quelque temps, le puits d’injection aura atteint sa cible, sa “gélule”, comme on l’appelle dans le jargon de la géothermie. L’eau, dont la chaleur aura été extraite en surface, y sera renvoyée afin d’éviter de refroidir la “gélule” de production d’eau chaude, distante de 2 km, ciblée par un second puits. Il faudra ensuite construire la centrale de production géothermique de 10 MW. Et créer ex nihilo le nouveau réseau distribuant cette chaleur renouvelable à 10 000 équivalents logements répartis sur les trois communes de Rosny-sous-Bois, Noisy-le-Sec et Montreuil.

L’eau chaude du Dogger, l’un des cinq aquifères du Bassin parisien, situé à 1 800 mètres de profondeur, a été exploitée de longue date. La géothermie fournit de la chaleur à environ 180 000 équivalents logements en Île-de-France, selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Et elle connaît ces derniers temps un vif regain d’intérêt. Plusieurs opérations de forages sont en cours, après trente années plutôt calmes dans la région. À Arcueil et Ivry, dans le Val-de-Marne, à Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, à Grigny, dans l’Essonne, et en Seine-Saint-Denis, donc.

TVA à taux réduit et économies

Le projet des trois communes de Rosny-Sous-Bois, Noisy-le-Sec et Montreuil, baptisé YGéo, est piloté par le Sipperec (Syndicat intercommunal de la périphérie de Paris pour l'électricité et les réseaux de communication). La construction des infrastructures a été confiée à Cofely, filiale d’Engie (ex-GDF-Suez). Cofely, qui gère déjà dix réseaux géothermiques en Île-de-France, exploitera également celui-ci pendant trente ans. L’eau chaude et salée du Dogger, remontée aux alentours de 60 °C, fournira plus de 50 % de son énergie, permettant aux usagers de bénéficier d’une TVA à taux réduit de 5,5 %. En hiver, la centrale géothermique sera suppléée par dix chaudières d’appoint au gaz ainsi que des pompes à chaleur. Le nouveau réseau, qui devrait être mis en service à l’été 2016, se substitue à une infrastructure s’appuyant sur un mix 100 % carboné. Il doit permettre d’économiser 15 800 tonnes de CO2 par an, soit les émissions annuelles de 8 600 véhicules, mais aussi de l’argent à ses usagers. En conférence de presse, Joëlle Colosio, directrice régionale de l’Ademe dont le fonds chaleur a soutenu le projet, a indiqué que l’objectif était de parvenir à vendre la chaleur renouvelable à un prix inférieur de 5 % à celui pratiqué jusqu’ici.

YGéo représente un investissement de 35 millions d’euros. « Les investissements sont lourds au début, mais une fois réalisés, il y a une grande stabilité de la ressource géothermale », observe Frédéric Martin, directeur général adjoint chez Engie Énergie Services. « Sur 30 ans, la température de la gélule qui produit l’eau chaude va baisser de moins de 0,5 % », précise Marc Tallec, chef de projet sur le site. Le Sipperec souhaite, lui, poursuivre clairement sur cette voie. Le Syndicat est en train de conduire, ou a déjà finalisé, des études de potentiel géothermique pour l’ensemble des départements du Val-de-Marne, de l’Essonne et de la Seine-Saint-Denis.