Energies marines renouvelables Thetis

La lettre des énergies renouvelables du 29/04/2015


Géothermie - La France dans la roue de l’Islande

Centrale géothermique de Soultz-sous-Forêts, dans le Bas-Rhin.

Légende : Centrale géothermique de Soultz-sous-Forêts, dans le Bas-Rhin.
Crédit : BRGM.

La France et l’Islande ont conclu deux accords de coopération dans le domaine de la géothermie à l’occasion d’un forum réunissant les deux pays le 16 avril à Paris. L’un implique un partenariat académique entre l’université de Reykjavik et l’Institut national des sciences appliquées de Strasbourg. Clemessy, la filiale du groupe de BTP Eiffage, spécialisée dans le génie électrique, a quant à elle conclu un accord de coopération industrielle avec Verkis, une entreprise de conseil en ingénierie experte dans le domaine. Sylvain Broglé, directeur du développement du commerce international de Clemessy, s’est réjoui de ce partenariat conclu « avec les champions du monde de la géothermie », tablant sur la complémentarité entre les savoir-faire islandais et la force de frappe industrielle de son groupe. « Nous n’avons pas toutes les expertises en France. Ce partenariat va permettre de combler les “trous dans la raquette” », a-t-il commenté.

L’Islande, championne de la géothermie

L’Islande, qui compte environ 130 volcans actifs, a développé une expertise recherchée dans le domaine de la géothermie volcanique, une technologie aujourd’hui mature. La géothermie chauffe 90 % des habitations de l’île, ainsi que certaines de ses piscines, fermes aquatiques, serres et même routes. Elle fournit en outre 25 % de l’électricité consommée sur l’île. Le pays estime que la géothermie, qui lui a historiquement permis de limiter ses importations d’énergies fossiles, représente des économies d’un ordre de grandeur de 7 % de son PIB. « La géothermie est un pilier majeur de notre coopération avec l’international », a rappelé le président Islandais Ólafur Ragnar Grímsson, lors du forum. Ces dernières années, le pays a en effet signé pléthore de partenariats avec plus d’une dizaine de pays aussi variés que l’Éthiopie, la Chine, le Portugal, le Royaume-Uni ou le Nicaragua.

Cet accent mis par l’Islande sur l’international se comprend aisément. « Leur marché est saturé, ils ont besoin de s’exporter », observe Albert Genter, passé par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et désormais adjoint au directeur général d’ES-Géothermie. « Ils sont aussi très forts en formation. Je les vois plutôt comme des concurrents. Mais se frotter au concurrent, c’est un moyen de grandir. »

À l’échelle mondiale, le potentiel de la géothermie reste encore peu exploité. Elle représente de l’ordre de 0,3 % de l’électricité et 0,2 % de la chaleur consommées sur la planète, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Bien qu’il soit « impossible de déterminer le potentiel global de la ressource à l’échelle mondiale, celles-ci étant généralement cachée dans le sous-sol », l’AIE estime que la géothermie pourrait fournir respectivement 3,5 % et 3,9 % des besoins mondiaux en électricité et en chaleur d’ici à 2050.

Selon l’Association française des professionnels de la géothermie (AFPG), la France se place au 5e rang européen des producteurs de chaleur géothermique, avec une production annuelle estimée en 2010 à 4 150 GWh par an, couvrant les besoins de 1,8 % de la population française. Cette géothermie dite de basse énergie, qui cible des eaux relativement peu chaudes, est notamment mise en œuvre dans le bassin parisien. Il n’existe en revanche qu’une seule opération industrielle “à haute énergie”, produisant de l’électricité grâce à des fluides à haute ou très température, située à Bouillante, en Guadeloupe.

La France en avance dans la technologie EGS

Mais la France développe une expertise dans la technologie “haute énergie” émergente de l’EGS (Enhanced Geothermal System). Cette technologie, applicable dans des régions non volcaniques, cible des fluides géothermaux présents dans des réservoirs naturellement fracturés. En la matière, le pays « a un bon train d’avance », estime Christian Boissavy, le président de L’Association française des professionnels de la géothermie (AFPG). Le pilote scientifique de Soultz-sous-Forêts, en Alsace, a été le premier site au monde de ce type à avoir été raccordé au réseau électrique. En France, plus de 25 permis de recherche d’EGS ont été attribués ces dernières années.

Pour tenter d’accroître son expertise et sa visibilité dans l’industrie, la filière a créé en 2014 un cluster baptisé Geodeep. Le groupement, qui inclut des entreprises comme Alstom, EDF, GDF Suez (Engie) ou Eiffage-Clemessy, ambitionne par exemple de fournir des offres clés en main sur des projets. Un fonds de garantie du même nom a été créé, pour tenter d’encourager les initiatives en limitant les risques financiers portés par les opérateurs. Doté de 50 millions d’euros – 25 millions apportés par l’Ademe, 15 par des opérateurs privés et 10 par la Caisse des dépôts – ce fonds donne accès à des avances remboursables et garantit à hauteur de 60 % les investissements engagés pour les forages d’exploration et de développement dans l’EGS. Dans cet environnement, l’AFPG espère que la filière française pourra réaliser, à terme, une vingtaine de projets représentant une puissance cumulée de 300 MW, ventilés comme suit : 50 MW d’EGS en France métropolitaine, 50 MW volcaniques dans les départements et régions d'outre-mer, et 200 MW volcaniques à l'international.