Treizième inventaire - Édition 2011

La production d'électricité d'origine renouvelable dans le monde
Collection chiffres et statistiques

             
             
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  Préface
Introduction
Organisation de l'étude
Éléments de méthode
Sommaire
Chapitre 1
La production d'électricité dans le monde : perspectives générales (.pdf)
Chapitre 2
Un aperçu des dynamiques régionales par filière (.pdf)
Chapitre 3
La production d'électricité d'origine renouvelable : détails par région et par pays (.pdf)
Chapitre 4
L'ERD dans 9 pays (.pdf)
Conclusion
 
Éditeur

 

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Conclusion

La diminution de la production d’électricité mondiale enregistrée entre 2008 et 2009 (- 120,1 TWh), la seule enregistrée sur les 40 dernières années, aura vite été comblée. L’année 2010 a présenté la plus forte augmentation en valeur absolue de la production d’électricité depuis que l’électricité est utilisée comme énergie avec près de 1 100 TWh supplémentaires en une seule année, soit une croissance de la production d’électricité mondiale de 5,5 %. À titre de comparaison, cette production supplémentaire correspond à la production d’électricité d’un pays comme le Japon… Le précédent record datait de 2007 avec 832,2 TWh de plus qu’en 2006.
La plus grande part de cette augmentation provient d’Asie, et de Chine en particulier (+ 498,1 TWh), mais également des régions dites “développées”, Amérique du Nord et Europe de l’Ouest, qui ont procédé à un rééquilibrage de leur production après avoir enregistré des baisses importantes et inhabituelles en 2009. La production d’électricité nord-américaine gagne ainsi 169,3 TWh entre 2009 et 2010, sans toutefois retrouver son niveau de production de 2008. L’Europe de l’Ouest gagne 125,1 TWh, mais avec un niveau de production qui reste inférieur à celui de 2007. On observe une situation similaire dans la CEI ou en Europe centrale, mais à des degrés moindres.
Le point positif est que cette croissance extrêmement forte de la production d’électricité ne s’est pas faite au dépend de la production d’électricité renouvelable. La croissance de la production renouvelable est parvenue une nouvelle fois, et pour la troisième année consécutive, à devancer – de peu certes – celle de la production d’électricité conventionnelle, soit une croissance respective de 5,6 % et 5,4 % entre 2009 et 2010. Cette croissance a permis à la part renouvelable de se maintenir à 19,6 %, dans ce contexte de croissance très particulier.
La production d’électricité renouvelable dans le monde a donc finalement atteint les 4 158,5 TWh en 2010. Elle correspond à un accroissement de la production de 218,9 TWh par rapport à 2009, soit également l’augmentation la plus forte jamais réalisée. Si toutes les filières renouvelables ont participé à cette augmentation, certaines ont marqué l’attention plus que d’autres.
La principale filière contributrice est la filière hydroélectrique qui est parvenue à élever son niveau de production de 119,4 TWh pour atteindre 3 448,2 TWh. Il est intéressant de noter que l’essentiel de cette augmentation provient d’Asie de l’Est et du Sud-Est qui ajoute 103,8 TWh, les régions Amérique du Sud et Amérique du Nord affichant une baisse de production. La région Asie est celle qui concentre l’essentiel des nouvelles capacités de production dans le monde. Selon Enerdata, la puissance hydroélectrique installée dans le monde était estimée en 2009 à près de 993 GW (967 GW en 2008). L’organisme statistique estimait cette puissance à 783,6 GW en 2000 et à 865,7 GW en 2005. Compte tenu de la croissance de la filière, la puissance hydroélectrique devrait, en 2010, avoir largement dépassé le seuil des 1 000 GW dans le monde.
La croissance de la filière hydroélectrique va perdurer dans les prochaines années. Selon l’atlas de la revue “The International Journal on Hydropower & Dams”, 172 GW de barrages hydroélectrique sont actuellement en construction dans le monde dont 70,9 % en Asie, 10,8 % en Amérique du Sud et 4,6 % en Afrique.
Mais la filière renouvelable la plus marquante de l’année 2010 est le solaire, dont le niveau de production a augmenté de 56,4 % par rapport à 2009. La production d’électricité mondiale d’électricité solaire atteint désormais 33,2 TWh en 2010, soit 12 TWh de plus qu’en 2009 et, compte tenu de la puissance installée à la fin de l’année 2010 (38,5 GW), sa production devrait largement dépasser les 40 TWh en 2011. Le rythme de croissance de la filière devrait rester encore très soutenu dans les prochaines années. Dans les pays où le prix de l’électricité est très cher, comme en Allemagne ou en Italie, la parité réseau devrait être effective avant 2020. Le choix récent de la Chine de développer une filière solaire à grande échelle participera également à la croissance de l’électricité solaire. Le pays, dans le cadre de son 12e plan quinquennal, s’est fixé un objectif de 50 GW de capacité solaire d’ici à 2020. La relance de la production solaire héliothermodynamique, qui a lieu aujourd’hui en Espagne, aux États-Unis, mais également dans d’autres régions du monde comme l’Afrique du Nord ou l’Australie, participera aussi à cette croissance.
La croissance de la filière éolienne est également restée très soutenue en 2010 (+ 25,5 % par rapport à 2009). Elle conforte ainsi son statut de deuxième filière renouvelable pour la production d’électricité avec 344,8 TWh produits en 2010. L’augmentation de la production de l’électricité éolienne a été, en 2010, plus importante que celle de la filière nucléaire avec respectivement 70,2 TWh et 56,8 TWh. Les perspectives de croissance pour l’année 2011 sont également très intéressantes ; la puissance installée dans le monde ayant franchi le cap des 200 GW en début d’année 2011. La montée en puissance progressive du marché de l’offshore, en Europe dans un premier temps, participera aussi à la croissance de l’électricité éolienne.
La croissance des autres filières renouvelables a été un peu moins marquante, mais leur perspective de croissance reste intéressante. La filière biomasse, qui regroupe les quatre grandes catégories de combustibles biomasse – biomasse solide, biogaz, déchets municipaux renouvelables et biomasse liquide – a maintenu en 2010 une croissance à hauteur de 6,5 % par rapport à 2009. Ces quatre sous-filières représentent désormais une production de 263,2 TWh en 2010, soit 16,2 TWh de plus qu’en 2009. On s’attend à une croissance plus remarquable dans les prochaines années, poussée en particulier par le développement de la cocombustion biomasse et de la cogénération en Europe principalement, mais également en Amérique du Nord et en Asie. De nombreuses centrales à charbon vont arriver en fin de vie dans les prochaines années en Europe et en Amérique du Nord, et les exploitants s’interrogent sur les possibilités d’intégration de la biomasse en cocombustion, que ce soit après modernisation ou remplacement des centrales existantes. Dans les pays de l’Union européenne, de nombreux pays fondent beaucoup d’espoir sur le développement de la cogénération biomasse dans l’optique d’atteindre leurs objectifs nationaux fixés par la directive énergies renouvelables 2009/28. Dans le cadre de leurs Plans d’action nationaux énergies renouvelables, les pays de l’Union européenne prévoient de porter leur contribution d’électricité biomasse à 168,8 TWh d’ici à 2015 et à 231,9 TWh d’ici à 2020. La puissance électrique équivalente serait de 32,3 GW en 2015 et 43,3 GW en 2020. Le développement des technologies liées à la pyrolyse, à la gazéification ou à la torréfaction de la biomasse (en vue de produire du biocharbon) va également permettre de redonner du souffle à la filière électricité biomasse.
La géothermie ne devrait pas être oubliée. Malgré une augmentation très faible en 2010, les professionnels de la filière prévoient un accroissement sensible des capacités de production dans les prochaines années. D’après un rapport réalisé pour la Conférence mondiale de la géothermie, qui a eu lieu en Indonésie en avril 2010, la puissance géothermique installée dans le monde devrait passer de 10 715 MW en 2010 à 18 500 MW en 2015.Si l’avenir des filières de production d’électricité renouvelable semble prometteur, il faut néanmoins parvenir au constat que la consommation des combustibles fossiles à des fins de production d’électricité (mais pas seulement) augmente à un rythme encore très soutenu. Sur les 1 099,4 TWh supplémentaires produits entre 2009 et 2010, 824,8 TWh proviennent encore de centrales thermiques à flamme fonctionnant au charbon, au gaz ou au pétrole. La contribution de la filière nucléaire a également été positive, mais très faible comparée aux combustibles fossiles (+ 56,8 TWh entre 2009 et 2010).
Si l’on regarde les données de production sur de plus longues périodes, il est intéressant de noter que la croissance de la production d’électricité mondiale a peu baissé en intensité durant les quarante dernières années. De 1971 à 2010, la croissance a été de 3,6 % par an en moyenne. Entre 2003 et 2010, la croissance est encore de 3,4 % par an en moyenne (3,2 % entre 2000 et 2010). La production d’électricité mondiale a ainsi doublé depuis 1987 (10 577,8 TWh), triplé depuis 1976 (6 514,4 TWh), quadruplé depuis 1971 (5 257,2 TWh). Un niveau que la production d’électricité renouvelable devrait atteindre d’ici les cinq prochaines années.Cette marche en avant de la production d’électricité est synonyme de progrès, de développement économique et social de l’humanité, mais les ressources sur lesquelles reposent ce développement ne cessent de s’épuiser et à un rythme de plus en plus rapide.
Cette situation ne pourra pas perdurer et aboutira à terme à une remise en cause du système actuel de croissance. Pour que ce changement de modèle économique – consommer mieux et de manière durable – se passe dans les meilleures conditions possibles, il faut préparer la transition énergétique, qui en est un des piliers.
À moyen terme lorsque le réseau sera poussé aux limites de ses capacités d’accueil d’énergies intermittentes, il faudra développer de nouveaux moyens pour stocker l’énergie. Augmenter les capacités de pompage-turbinage ou stocker l’électricité renouvelable sous forme d’hydrogène peuvent être des solutions. La compagnie allemande E.ON estime que l’on peut ajouter sans aucun problème jusqu’à 5 % d’hydrogène au gaz naturel. Certains experts estiment possible à moyen terme de porter cette part à 15 %. La mise en place de réseaux intelligents, l’interconnexion des grands réseaux européens et africains permettront également d’augmenter la part de l’électricité renouvelable.
La crise énergétique qui se profile, si elle n’est pas anticipée, risque d’être sans commune mesure avec la crise de surendettement qui atteint de nombreux pays occidentaux, car touchant aux fondements même de notre modèle de croissance. Des mesures politiques courageuses devront donc être prises en opposition aux logiques de court terme et aux intérêts particuliers. La mise en place d’une taxe carbone sur l’énergie en fait partie. Cette mesure, poussée par la Commission européenne et déjà mise en place sans impact négatif sur le PIB – loin s’en faut – dans les pays du nord de l’Europe, semble aujourd’hui indispensable pour orienter notre économie et nos modes de consommation vers un développement plus durable. L’Union européenne a un rôle historique à jouer dans ce domaine : montrer au monde que cette transition est possible.