Préface
La diminution de la production mondiale d’électricité enregistrée en 2009, la seule si on regarde les quarante dernières années, n’était que l’avatar d’une crise financière particulièrement brutale. La reprise de la consommation, certes différenciée selon les régions du monde, ne s’est pas fait attendre, l’année 2010 a présenté la plus forte augmentation de la production d’électricité en valeur absolue avec 1 100 TWh de plus dans le monde. Celle-ci, très certainement boostée par un phénomène de rattrapage, représente l’équivalent de la production d’électricité du Japon, troisième économie de la planète. Pendant cette période, la part relative des sources d’électricité renouvelables s’est maintenue à 19,6 % de la production d’électricité mondiale. L’extension des filières solaire et éolienne au monde entier et la mise en service d’importantes capacités hydroélectriques, notamment en Chine en sont les principales causes.
La demande en énergie devrait continuer à croître à un rythme très soutenu. Selon le scénario “Nouvelles politiques” du World Energy Outlook 2011 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui prend en compte les engagements politiques généraux et les plans d’action annoncés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, la demande d’énergie dans le monde (pas seulement en électricité) devrait augmenter d’un tiers entre 2010 et 2035. Elle sera de plus en plus le fait des pays hors OCDE, qui représenteront 70 % de la croissance économique mondiale et 90 % de la croissance de la demande d’énergie. L’AIE estime que, pour la période 2010-2035, l’investissement nécessaire en infrastructures énergétiques dans le monde se chiffre à 37 900 milliards de dollars dont 16 900 milliards dans le secteur de l’électricité.
Dans ce scénario, l’AIE prévoit que le niveau des émissions mondiales de CO2 entrainera à long terme une hausse de la température moyenne de plus de 3,5 °C. Il pourra même atteindre 6 °C si de nouvelles politiques ne sont pas mises en œuvre.
L’engagement de la Communauté internationale annoncé à Copenhague en 2009 et à Cancun en 2010 de limiter le réchauffement du climat en dessous du seuil des 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle sera difficile à honorer. La Conférence sur le Climat (COP 17) qui s’est tenue en décembre 2011 à Durban, a néanmoins ouvert la voie à la mise en place de nouveaux mécanismes, économiques, technologiques ou financiers, qui devraient permettre de faire les pas suivants. Mais force est de constater que les gouvernements se hâtent avec lenteur ! L’objectif principal de Cop 17 étant de travailler sur un accord légalement contraignant de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les 194 pays se sont laissés jusqu’en 2015 pour définir des règles applicables à tous et les instruments pour vérifier les progrès de chacun. Le Fonds vert pour le Climat, initié lors de la Conférence de Cancun, sera mis en place à partir de 2020. Doté de 100 milliards de dollars par an, il aura pour but de financer des projets visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans les pays en développement. Les investissements dans la production d’énergies renouvelables y seront, naturellement, éligibles.
Pour Observ’ER dont le but est de promouvoir l’usage des énergies renouvelables dans l’économie et la société, il est indispensable de bien connaître et de surveiller la courbe d’apprentissage mondiale de production d’électricité à partir des énergies de flux. C’est là l’objet de cet inventaire. Les renouvelables, en effet, n’ont pas terminé leur croissance et forment une série de réponses privilégiées pour s’affranchir, en partie, des contraintes qui pèsent sur la planète.
Pour EDF, partenaire de cette étude depuis maintenant 13 ans, il est évident que le secteur électrique a un rôle clé à jouer d’ici à 2050 pour répondre aux enjeux de croissance, de développement économique, de sécurité d’approvisionnement et de préservation du climat. À ce titre, la voie de la décarbonation de l’économie et de l’énergie est à privilégier sur le long terme.
Il devient nécessaire de déployer les technologies qui sont les plus compétitives aujourd’hui et de réaliser les investissements en recherche et développement pour lancer des filières technologiques prometteuses et innovantes. Les énergies renouvelables sont amenées à se déployer naturellement au côté d’autres solutions décarbonées pour répondre à la demande croissante en électricité.
Il devient indispensable de coordonner les politiques énergétiques des différents pays afin d'éviter des règles discordantes, parfois contre-productives, entre renouvelables, efficacité énergétique et marché européen du carbone. Une plus grande convergence entre les politiques énergétiques doit être recherchée pour atteindre un optimum économique.
Ces questions énergétiques sont au cœur des débats actuels et notre modèle de croissance doit collectivement se transformer pour converger vers une société plus sobre en carbone, plus économe en ressources et favorisant l’accès à l’énergie pour tous. À travers son mix-énergétique diversifié et décarboné, EDF entend bien poursuivre dans cette voie durable au service de la société.
Alain Liébard
Président de l’Observatoire des énergies renouvelables
Claude Nahon
Directrice Environnement et Développement Durable d’EDF