Analyse de 6 projets d’électrification rurale par energies renouvelables ayant montré leur pérennité
Les 6 projets finalement sélectionnés pour leurs qualités sont :
Au Burkina Faso : Crédit Énergie. Vente à crédit de systèmes solaires individuels
Au Mali : Une société de services décentralisés (SSD)
Au Sénégal : Programme « Energie Solidarité ». Du solaire pour des dispensaires
En Ouganda : Projet Pilote d’électrification rurale par systèmes solaires
En Tanzanie : « Solar.now » programme pour la promotion des systèmes solaires
Au Kenya : Deux projets d’électrification rurale par pico centrales hydrauliques
Au travers de deux approches complémentaires visant l’une les Acteurs, et l’autre les Intervenants, chaque projet a été analysé :
L’approche Acteurs :
Les recherches de terrain ont été focalisées sur les rôles joués par les Acteurs dans l’élaboration et la réalisation des projets que ce soit sur les plans organisationnel, technique ou financier.
Les Acteurs ont été interviewés avec, comme objectifs de :
• Comprendre leurs intérêts et leurs implications ;
• Connaître leurs compétences, leurs atouts ayant contribué au succès du projet ;
• Apprendre les facteurs de succès mais aussi de difficultés rencontrées lors des projets.
L’approche Intervenants :
Les recherches de terrain ont été focalisées sur les rôles joués par les Intervenants dans la conception, l’élaboration et la réalisation des projets que ce soit sur les plans conceptuel, financier, institutionnel, etc.
L’environnement politique et institutionnel a été étudié et décrit.
Les Intervenants ont été interviewés avec, comme objectifs de :
• Comprendre leurs intérêts et leurs implications ;
• Connaître leurs compétences, leurs atouts ayant contribué au succès du projet ;
• Apprendre les facteurs de succès mais aussi de difficultés rencontrées lors des projets ;
• La force des acteurs institutionnels, les limites et les barrières qu’ils ont rencontrées dans leurs fonctions et comment ils ont pu les dépasser.
Les conclusions de ces travaux ont été décrits dans un rapport de projet incluant les interviews des Acteurs et des Intervenants. Chaque rapport se compose de :
• Une description détaillée, étape par étape, du projet, avec une identification des facteurs critiques de succès, l’organisation des Acteurs et des Intervenants, le rôle joué par chacun d’entre eux dans toutes les étapes de déroulement du projet ;
• Une description du “profil” individuel de chacun des Acteurs et Intervenants, incluant les travaux qu’ils ont effectués et leur degré d’implication dans le projet.
Les rapports de projets et la brochure “BONNES PRATIQUES” peuvent être téléchargées à partir du site PROVEN.
L’objectif de ces analyses détaillées a été de déterminer les clefs du succès et, si possible, les différents modèles dominants de diffusion des systèmes électriques faisant appel aux sources d’énergies renouvelables.
Recommandations pour de futurs projets d’électrification rurale par énergies renouvelables
Premièrement :
Il y a deux modèles principaux pour la mise en place de systèmes de production et distribution électrique faisant appel aux énergies renouvelables :`
Le modèle Service : L’électricité est considérée comme un service. L’usager n’est pas le propriétaire des équipements. Il paye pour un service.
Le modèle Marché : L’électricité est considérée comme un produit. L’usager est le propriétaire des équipements. Il paye pour le produit.
Deuxièmement :
Plusieurs leçons ont été tirées de l’analyse des 6 projets « Bonnes pratiques ». Certaines sont communes aux deux modèles, d’autres sont spécifiques à l’un d’entre eux.
I – Leçons communes aux deux modèles :
La qualité et de la volonté des Acteurs et des Intervenants, leur aptitude au dialogue et à la négociation sont primordiales pour le succès de toutes opérations.
L’adaptation du cadre réglementaire et législatif est nécessaire pour donner confiance aux acteurs et investisseurs et leur permettre de prendre des risques.
Le monde rural, compte tenu de sa difficulté d’accès, des ressources fluctuant avec les saisons, des coutumes et habitudes spécifiques, des groupes ethniques variés, est un contexte difficile dont il faut prendre connaissance avec attention.
A- Pour les Intervenants, les principales leçons sont :
Lors de la conception d’opérations
• Il est nécessaire de concentrer les opérations sur une zone au contexte favorable pour réduire les coûts d’élaboration et d’exploitation, puis de concevoir des extensions par “tache d’huile”.
• L’accès à l’électricité doit être intégré dans les stratégies multisectorielles de développement rural. Il doit permettre d’en accroître l’impact.
• L’implication de toutes les parties prenantes (initiateurs, directions de l’Énergie, élus des communes locales, secteur privé, etc.) et leur coordination sont absolument nécessaires pour dépasser les éventuelles incompréhensions. Chacun doit apporter toute son expertise spécifique.
• L’implication et la contractualisation avec des acteurs locaux (bureaux d’études, fournisseurs, installateurs) est indispensable pour assurer la pérennité de toute opération.
• Une relation de confiance doit s’établir rapidement entre ces intervenants afin de résoudre les questions de façon collégiale. Il est préférable que, par type d’intervenant, une seule personne suive une opération de bout en bout.
• Dès l’élaboration d’une opération, la sensibilisation de tous les intervenants locaux aux atouts et limites des énergies renouvelables est indispensable.
• Comme dans toute opération d’électrification rurale, le coût d’investissement doit être majoritairement assumé par l’État ou des acteurs de la coopération internationale.
• Le service de l’électricité doit être payant pour couvrir l’entretien courant, le remplacement des composants en panne et leur renouvellement. Le montant des redevances doit être adapté à la capacité de paiement des usagers.
• Une fiscalité adaptée, réduction des droits de douane et de la TVA principalement, doit être obtenue pour faciliter l’usage des gisements locaux d’énergie.
• Des mesures de protection de l’environnement doivent être élaborées, principalement pour la gestion des batteries.
• Des indicateurs doivent être mis en place pour mesurer l’impact de l’opération.
Au cours de la réalisation d’opérations
• La concertation régulière entre les intervenants et les acteurs de terrain permet, par une connaissance des contextes locaux et le leur évolution, d’anticiper les éventuels difficultés ou blocages.
• Le pragmatisme et la flexibilité évitent de poursuivre l’exécution d’une opération sur des bases inadaptées.
B – Pour les Acteurs, les principales leçons sont :
Lors de la conception d’opérations
• Les acteurs de terrain, structures de développement rural et économique, associations, organismes de crédit, doivent participer au montage des projets. Leur connaissance du contexte sociologique et économique local est capitale.
• Le secteur privé local (fournisseurs, installateurs, etc.) doit être, aussi largement que possible, impliqué. C’est une condition au développement des énergies renouvelables.
Au cours de la réalisation d’opérations
• Les acteurs doivent informer les populations sur les capacités, atouts et limites des systèmes électriques faisant appel aux énergies renouvelables. Une contrainte doit inciter l’usager à faire des économies d’énergie.
• Ils doivent aussi sensibiliser les usagers aux règles de sécurité relatives à l’énergie et les conseiller dans l’achat d’équipements basse consommation (lampes, TV, radio, etc.).
• Les droits et les devoirs des acteurs et des usagers doivent être connus de tous. Les mécanismes pour assurer leur respect doivent être mis en place par des engagements contractuels.
• Le paiement du service électrique doit être régulier, tant il est difficile de faire payer les dettes.
• Les opérateurs locaux (distributeurs, vendeurs, installateurs) doivent se former dans les domaines techniques, de comptabilité et management pour devenir des spécialistes.
• Ils doivent disposer de techniciens compétents et de pièces de rechange à proximité des usagers.
• La maintenance doit être structurée. Ses modalités doivent être explicites et cohérentes.
• Le respect des normes et spécifications existantes permet d’assurer qualité des systèmes et respect des règles de l’art pour leur installation.
• L’utilisation de composants ayant montré leur fiabilité dans des conditions climatiques difficiles est primordiale pour éviter détériorations rapides et pannes.
• La rotation des personnes impliquées doit être évitée pour le respect des modalités de l’opération. Si cela n’est pas possible, une formation doit être prévue à chaque changement de personne responsable.
A partir des enseignements, les conditions du succès, des questions préalables peuvent être énoncées :
II - Modèle Service
Les conditions de succès de l’approche Service
• Dans cette approche, l’analyse de la demande est nécessaire à la conception de systèmes adaptés au contexte local.
• Les communautés d’usagers doivent être impliquées dès le lancement d’un projet afin d’en comprendre les atouts et les contraintes.
• Les modalités d’exploitation et de gestion, la tarification, la formation du personnel technique et administratif doivent être définies précisément pour s’assurer de la continuité du service électrique.
• Une adaptation des textes réglementaires peut être nécessaire en ce qui concerne l’exploitation des équipements par des privés ou des associations d’usagers et le régime de propriété des infrastructures électriques.
• L’investissement doit être majoritairement couvert par des financements extérieurs. Les coûts d’exploitation restent à la charge des usagers même pour des applications sociales (centres de santé, écoles, bâtiments administratifs).
Les enseignements spécifiques à cette modalité, tirés des Bonnes pratiques, sont les suivants :
A – Pour les Intervenants
• Il est indispensable d’impliquer les communautés bénéficiaires et de leur présenter les principaux aspects du projet : technologies utilisées et leurs limites, précautions dans l’utilisation de l’électricité, paiement du service, droits et devoirs.
• L’estimation détaillée de la demande doit être effectuée afin d’éviter des désaccords ultérieurs.
• L’implication de différents services de l’État (Premier ministre, ministère de l’Énergie et ministère des Finances) permet l’indispensable harmonisation de leurs positions respectives afin de définir une ligne de conduite unique et claire.
• La notion de paiement du service, novatrice lors de l’élaboration du projet, demande a être longuement explicitée et justifiée. Une vision globale des impacts de l’électricité permet de l’intégrer dans les politiques de développement.
• L’accompagnement des cadres du ministère de l’Énergie à l’établissement d’une stratégie d’électrification rurale facilite la banalisation du recours aux énergies renouvelables.
• La capitalisation qui découle d’un projet de développement des énergies renouvelables est essentielle. Elle permet de connaître les contraintes de temps, de rentabilité, d’image, d’un investisseur et d’un opérateur.
• L’accompagnement des communautés bénéficiaires en vue d’une extension ultérieure du projet est nécessaire. Il permet de répondre à l’évolution des consommations électriques, signe d’un développement social et économique local.
B – Pour les Acteurs
• Les exploitants, privés ou associatifs, doivent acquérir un professionnalisme irréprochable dans les différentes facettes de leur fonctions, techniques, commerciales, de gestion et de management.
• Le service de l’électricité payant nécessite des mesures coercitives connues, acceptées et appliquées pour tous, en cas de vols d’électricité, de retard ou de non paiement.
• L’implication des pouvoirs publics nationaux et régionaux est nécessaire pour faciliter le règlement d’éventuels conflits.
• Les systèmes électriques doivent être dimensionnés pour répondre à la demande des bénéficiaires. Le montant des charges d’exploitation doit être à la mesure de leur capacité de paiement.
Questions préalables pour le modèle Service
• Le service de l’électricité sera-t-il viable dans le long terme ?
• Le tarif sera-t-il acceptable par une partie significative de
la population ?
• Les relations entre maître d’ouvrage, exploitant et usagers seront-elles claires et précises pour que les conditions d’utilisation des systèmes soient respectées ?
• Une structure d’exploitation et de gestion peut-elle être créée facilement ? Pourra-t-elle se professionnaliser rapidement ?
• Est-ce le mode d’électrification respectueux de l’environnement le moins coûteux ?
• Existe-t-il des partenaires financiers pour couvrir les coûts d’investissement ?
III - Modèle Marché
• L’électricité est considérée comme un produit qu’il est nécessaire de promouvoir, de vendre et de réparer.
• La clientèle est dans un premier temps la population rurale aisée et le recours au crédit doit permettre de l’élargir.
• Pour la satisfaire, il est nécessaire de former des revendeurs locaux au marketing, à la gestion de stocks, à la relation à la clientèle, à l’installation et à la maintenance afin que, proches des clients, ils sachent les convaincre et les satisfaire. Aussi, la promotion de la qualité des produits et du service est-elle primordiale.
• Les relations entre distributeurs nationaux et revendeurs locaux, puis avec les organismes de crédit, doivent être facilitées pour tenir compte de leurs contraintes respectives de trésorerie et de responsabilité.
• Si les acheteurs sont propriétaires des systèmes, une sensibilisation soutenue doit être menée sur la bonne utilisation des batteries, qu’il est nécessaire de renouveler régulièrement.
Les enseignements spécifiques à cette modalité, tirés des Bonnes pratiques, sont les suivants :
A – Pour les Intervenants
• Une étude de marché détaillée est indispensable pour appréhender la clientèle et sa demande.
• La mise en place de modalités de crédit et/ou d’une subvention permet d’accroître les volumes de vente de systèmes faisant appel aux énergies renouvelables.
• Des campagnes d’informations répétées doivent être menées auprès des populations rurales pour les informer tant sur les systèmes décentralisés que sur l’éventuel produit financier.
• Une gamme de produits doit être proposée afin de toucher une population aux différentes capacités de paiement et d’endettement.
• Les inévitables difficultés rencontrées lors du lancement d’un produit financier innovant doivent être dépassées. Il faut savoir faire preuve de flexibilité avant d’atteindre un volume d’affaires significatif.
• Un appui à la coordination des acteurs, distributeur, banque, organisme de sensibilisation, est nécessaire pour s’assurer de la bonne cohésion des prestations de chacun d’entre eux. Une formation régulière doit être dispensée.
B – Pour les Acteurs
• La présence de distributeurs capables de constituer des stocks importants est indispensable.
• La rapidité de livraison et la qualité du service sont nécessaires pour la satisfaction des clients.
• Les distributeurs et revendeurs doivent être formés pour acquérir un professionnalisme irréprochable.
• La proximité des organismes de crédit et la présence d’agents de crédit sur le terrain permettent de sensibiliser la clientèle mais aussi de limiter les risques d’impayés.
• La sélection, par les organismes de crédit, de clients solvables évite tout incident grave de paiement.
• Une marge commerciale réduite des distributeurs, fournisseurs, revendeurs, etc., et l’amélioration constante du service rendu sont les conditions de l’accroissement du marché.
Questions préalables pour le modèle Marché
• Y a-t-il suffisamment de distributeurs nationaux et de revendeurs locaux intéressés par la vente de systèmes d’énergie renouvelable, prêts à accepter un investissement à long terme, des chiffres d’affaires limités et des taux de marge réduits ?
• Est-il possible d’éviter le dumping, les fausses concurrences, les monopoles ?
• Les prix seront-ils acceptables pour une clientèle rurale ?
• Des mécanismes de crédit pourront-ils être mis en place ?
• Un niveau raisonnable de stock sera-t-il maintenu tant chez le distributeur que chez les revendeurs locaux ?