Éditorial du n° 222 de Systèmes Solaires, le Journal des Énergies Renouvelables

Ah ! la feuille s’envole au vent…*

Yves Bruno Civel

222 est un nombre uniforme qu’à titre personnel je trouve très esthétique. Il me paraît idéal pour clôturer la longue suite des numéros de Systèmes Solaires que j’ai eu l’immense bonheur de diriger pendant 30 ans avec le beau titre de rédacteur en chef !

Un journal, c’est un bébé qui naît chaque mois. On le tricote avec amour, on le pense, on le peaufine, on lui donne du sens. On le compose comme une musique… Quand il arrive de chez l’imprimeur, on retient son souffle puis on respire furtivement le parfum de son encre. On caresse la main du papier, on admire son couché, on examine le rendu des couleurs. Un peu plus tard enfin, on le relit avec un oeil neuf, tout en sachant qu’il est désormais trop tard pour en changer le grammage ou la tonalité ! Quelle chance de pouvoir écrire un journal par passion ! Creuser les sujets, comprendre, questionner, laisser parler, écouter, restituer, mettre en perspective, reporter, rapporter, en laissant toute leur place aux acteurs qui transpirent sur la scène. Quelle chance de pouvoir être exigeant, de ne pas devoir se plier aux diktats des communiqués de presse si habilement prérédigés. Quelle chance d’avoir connu les pionniers du solaire qui n’ont jamais voulu parler le langage formaté des bonimenteurs de la communication mais celui des coups de coeur et des coups de foudre.

Quelle chance d’avoir participé à la naissance d’un mouvement, que je crois aujourd’hui irréversible, et d’avoir pu réaliser non seulement le journal d’une filière technique et économique, mais aussi le journal d’une culture énergie renouvelable où se sont mêlées sciences, histoire, sociologie, écologie… pimentées par la quête d’une société qui saurait un jour accomplir sa métamorphose… J’ai aimé ce journalisme-là. Qui n’est pas un journalisme mondain ni un journalisme de scoop mais un journalisme de fond, débarrassé des cancans et des complots. Un journalisme qui croit que l’exactitude n’est pas un luxe. Un journalisme de convictions et de combats qui s’efforce en même temps de provoquer des réflexes d’intelligence et d’ouverture.

J’ai pris parti pour les énergies renouvelables – ou plus exactement pour “l’esprit des énergies renouvelables” – parce que j’ai été fasciné par les réponses qu’apportait l’usage des flux, face au pillage des stocks. La notion de renouvelable répondait avec clarté à plusieurs questions que je me posais et qui tournaient toutes autour de la surexploitation de la planète. En 1972, je savais déjà qu’elle était la plus belle partie de nous-mêmes. Au moment de laisser au vent cet édito s’envoler, je salue mes lectrices et mes lecteurs avec lesquels j’ai tant aimé cheminer ; Alain Liébard, mon président, qui fut un très solide binôme ; mon vaillant équipage qui reste sur le pont. Je pense aussi à mes aînés dans la fonction, Paul Blanquart le dominicain sociologue, Michel Philibert le philosophe gérontologue, et Henri Montant l’humoriste libertaire. Tous trois, chacun à sa façon, m’ont accordé, en mon jeune temps, et leur amitié et leur imprimatur…


Yves-Bruno Civel
Rédacteur en chef

* Merci aux Filles de La Rochelle !