Éditorial du n° 224 de Systèmes Solaires, le Journal des Énergies Renouvelables

« Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt »

La mission Rosetta ou plutôt la leçon Rosetta. Car ce que nous donne à penser l’exploration de cette comète située à plus de 500 millions de kilomètres de notre planète, comme après elle le lancement de la mission japonaise Hayabusa 2 à la rencontre improbable d’un astéroïde, c’est que nous sommes heureusement encore capables d’initier des programmes audacieux sans retour évident, sans retour immédiat et de façon collective. Neuf années de voyage, quinze années au total, et près d’un milliard et demi d’euros, c’est ce qu’il a fallu pour aller se poser de façon précaire sur la fameuse comète. Puissions-nous faire preuve dans nos domaines d’une telle audace, d’une telle constance et d’un même consensus européen.

Certes à la différence des énergies renouvelables, l’exploration spatiale ne souffre pas de l’indifférence de certains et de l’opposition farouche des puissants qu’elles dérangent. Comme l’ont montré encore récemment les feuilles de route de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), elles constituent pourtant une réponse majeure et immédiate à notre crise climatique et énergétique. Mais il y a urgence, car tout ce que nous n’aurons pas mis en oeuvre aujourd’hui nous coûtera fort cher demain. Et il faut que les grands de ce monde nous montrent la direction.

Heureusement, il y eut ces dernières semaines quelques annonces qui pourraient augurer sinon une véritable reconversion, à tout le moins le début d’une mobilisation. L’accord sur le climat signé au début du mois entre la Chine et les États-Unis, en marge du forum de Coopération économique de l’Asie-Pacifique réuni à Pékin, constitue une avancée décisive pour préparer dans des conditions sereines les négociations de la COP 21 à Paris. Quelques jours plus tard, le happening du président de la République française au sommet du G20 à Brisbane, en Australie, a conforté cet engagement même s’il fut raillé par certains qui sourirent de voir François Hollande « revêtir les habits du croisé du climat ». Last but nos least, le Fonds vert pour le climat promis par les pays industrialisés, lors de la conférence de Copenhague en 2009, afin d’aider les pays pauvres à lutter contre le réchauffement climatique, vient d’être doté, lors de la réunion de Berlin, de 9,3 milliards de dollars.

Le ton est donné, ici et là, dans les grandes capitales. Et il faut se saisir de ces opportunités et ne plus renoncer ; il faut s’appuyer sur ces belles déclarations mais aussi, et surtout, satisfaire une opinion publique de plus en plus sensible à ces sujets, si l’on en croit un sondage Ifop publié récemment pour lequel 74 % des Français se sentent concernés par la transition énergétique, même s’ils reconnaissent ne pas tout comprendre. Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt.

Vincent Jacques le Seigneur
Président d'Observ'ER