Éditorial du n° 226 de Systèmes Solaires, le Journal des Énergies Renouvelables

Éclipse du bon sens

L’éclipse du 20 mars a donné lieu à un carrousel de paroles décalées, déplacées, mais non dénuées d’intention maligne. Qu’on en juge. À en croire les médias, la baisse brutale de la production photovoltaïque pouvait faire peser un risque sur l’équilibre du réseau et entraîner des coupures d’électricité(1) ; simultanément, l’éclipse allait provoquer une surconsommation de chauffage… électrique, bien sûr.

Ce qui relevait d’une mise en alerte légitime de la part de RTE devint une rumeur sans fondement relayée en boucle et sans recul par tous les médias ou presque.
« La production photovoltaïque est prévisible à 48 heures, à la journée et au quart d’heure »
, s’indigne Arnaud Mine qui pilote Urbasolar et préside la branche photovoltaïque du Syndicat des Énergies Renouvelables (SER-Soler). Elle est donc parfaitement gérable pour le réseau de distribution, et les capacités de production étant disséminées, les aléas sont lissés. »

La chute de la production était prévisible, tout comme la météorologie. En France, on a découvert le 20 mars au matin que le ciel était nuageux. Résultat : la production photovoltaïque n’a été réduite que de 650 MW contre 2 000 MW annoncés, avec une consommation supplémentaire de 1 000 MW. « À Fessenheim, ce sont 1 800 MW de manque pour le réseau suite à l’arrêt, début mars, de la centrale nucléaire en raison d’un défaut d’étanchéité et d’opérations de maintenance », rappelle un brin ironique Marc Jedliczka, directeur d’Hespul. Enfin, faut-il rappeler qu’en France, le photovoltaïque ne représente que 1,1 % de la production électrique(2), que le pays dispose de 5 GW de capacités de stockage via les stations de transfert d’énergie par pompage (Step), et peut recourir à des unités de production fossiles ou à des mesures d’effacement ? Dans ce cadre, difficile de faire croire que le réseau était ainsi menacé. Au même moment, en Allemagne(3), le système électrique, qui intègre 38 GW de photovoltaïque, encaissait sans difficulté l’éclipse en dépit d’un temps ensoleillé sur la plus grande partie du pays. Une éclipse partielle aura lieu en Chine en mars 2016, et une autre aux États-Unis en avril 2017. Cela sera l’occasion pour ces deux grands pays d’effectuer leur propre crash test avec, on l’espère, une meilleure information, fût-elle contradictoire.

Vincent Jacques le Seigneur
Président d'Observ'ER

(1) Dues à une brusque variation de la fréquence électrique, qui doit rester entre 49,5 Hz et 50,2 Hz.
(2) Soit environ 5 GW.
(3) Institut Fraunhofer ISE : www.ise.fraunhofer.de/de/veroeffentlichungen/studien-und-positionspapiere/studie-sonnenfinsternis-am-20-maerz-2015