Éditorial du n° 227 de Systèmes Solaires, le Journal des Énergies Renouvelables

Momentum

Difficile de dire si, comme le répète à l’envi Laurent Fabius, nous assistons à un momentum. Mais les signaux se multiplient qui semblent lui donner raison. Et s’ils ne permettent pas de préjuger du résultat des négociations de la COP 21, ils indiquent sans nul doute un changement de cap.

Ainsi des entreprises – plus de 250 – qui, réunies le 20 mai à Paris, ont demandé l’instauration d’un prix au carbone « robuste et efficace », décidé au niveau mondial(1). Une condition sine qua non pour financer la transition énergétique et favoriser une réorientation des investissements. Passant de l’incantation à l’engagement, elles sont allées plus loin pour exiger très officiellement « de mettre fin aux subventions aux énergies fossiles »(2). Et alors que Laurent Fabius, les prenant au mot, leur demandait « de publier leurs contributions pour réduire leurs émissions », les députés réunis le 26 mai au Palais-Bourbon votaient la loi sur la transition énergétique, dont l’article 48 exige des entreprises – l’industrie, mais aussi la finance ou l’assurance – qu’elles rendent compte des risques financiers liés au changement climatique et des mesures prises pour les atténuer dans leur rapport annuel, le bien-nommé “Responsabilité sociétale des entreprises”. Sans attendre, des acteurs clés prennent position, à l’instar de l’assureur Axa, qui déclare qu’il va désinvestir le charbon à hauteur de 500 millions d’euros d’ici à la fin 2015 et tripler ses investissements verts d’ici à 2020, soit 3 milliards d’euros. Ou encore la Caisse de dépôts, qui s’engage pareillement à réduire l’empreinte carbone de son portefeuille d’actions.

Deux annonces majeures prises dans l’actualité montrent que ce momentum, dont la polysémie donne matière à réflexion, est bien planétaire(3). La décision de Bank of America a été radicale : la première banque américaine a décidé lors de son assemblée générale, le 6 mai dernier, de réduire ses prêts aux compagnies d’extraction du charbon, qui s’élevaient encore à 1,3 milliard de dollars en 2014. Un revirement majeur, salué avec raison par les ONG. Dans un autre registre, la signature, le 21 mai, d’un accord avec le Japon, qui s’engage à débloquer la contribution promise de 1,5 milliard de dollars au Fonds vert pour le climat créé par l’ONU, constitue une étape importante : elle permet d’engager sans plus attendre les premiers investissements dans les pays en développement, puisqu’il fallait obtenir au moins 50 % des engagements des 30 pays mobilisés pour être en droit de le faire.

La grande procession qui verra converger à Paris les grands de ce monde se met en marche. Elle exige que chacun apporte sa contribution, fût-elle modeste, sur la table des négociations. À six mois de ce rendez-vous majeur, les premières enchères se font jour.

Vincent Jacques le Seigneur
Président d'Observ'ER

(1) Solution défendue aussi par les experts de la Banque mondiale dans le rapport présenté le 12 mai dernier.
(2) Selon le rapport de Thomson Reuter, publié le 20 mai, 32 entreprises du secteur de l’énergie sont à l’origine de près d’un tiers du total des émissions mondiales de GES.
(3) « La décarbonation des approvisionnements énergétiques est en marche, mais doit être accélérée », juge l’AIE dans Les Perspectives des technologies de l’énergie 2015 qui vient de sortir.