Éditorial du n° 228 de Systèmes Solaires, le Journal des Énergies Renouvelables

Inconstance

Ce sont deux événements dans le domaine du solaire qui auront signé la métamorphose du groupe GDF-Suez devenu Engie : le rachat de Solairedirect pour quelque 200 millions d’euros, afin de devenir un acteur majeur du photovoltaïque par croissance externe, et le plan social annoncé à sa filiale Clipsol, signe pour le moins d’une décroissance dans le solaire thermique, pour ne pas dire d’une mort annoncée, pour quelque 3 millions d’euros que la PME coûtait chaque année à son actionnaire majoritaire.

Quel désastre humain pour les salariés qui feront partie de la charrette des licenciements annoncés ! Quel gâchis de moyens et de compétences que de laisser péricliter cette petite PME savoyarde qui, avec son concurrent Giordano, développait depuis 30 ans un savoir-faire unique et reconnu ! Et au-delà, quelle incurie des décideurs publics, qui, par leur inconstance, font ainsi peser sur le solaire thermique l’ombre d’une technologie impropre, coûteuse et inefficace, alors que c’est bien celle qu’il faudrait privilégier dans les installations individuelles comme dans le collectif, et qui fait ses preuves chez nombre de nos voisins européens.

Il ne faut pourtant pas tirer sur l’ambulance, car c’est bien au chevet d’une PME en grande difficulté que l’énergéticien s’était porté en 2008, une entreprise déstabilisée dans son coeur de métier par l’arrivée des tarifs d’achat mirobolants de l’électricitéphotovoltaïque. On pourra toujours discuter des choix stratégiques et des investissements consentis. Mais les responsabilités sont ailleurs. Et c’est bien l’absence de politique publique claire et cohérente qui est à l’origine de ce jeu de massacre organisé. Récemment encore, l’État ne s’est-il pas dérobé en prolongeant de deux ans la dérogation pour le recours au solaire pour la production d’eau chaude dans le résidentiel ?

Le plan de relance “Socol”, porté par Enerplan avec l’appui de l’Ademe, tout comme le fonds chaleur que développe avec une grande célérité l’agence, ne sauraient suffire. Sans vision stratégique sur le moyen et le long terme, il ne faut pas attendre des industriels qu’ils consentent à investir.

« Angie, Angie, when will those clouds all disappear? », chantaient les Stones sur une musique ancrée dans toutes les mémoires. Il revient pourtant à Isabelle Kocher, et à elle seule, d’apporter une réponse qui soit à la hauteur des ambitions que son groupe nourrit désormais dans le secteur des énergies renouvelables, elle qui déclarait encore récemment : « L’objectif est de continuer à être à la pointe de tout ce qui se pratique en termes de production d’électricité et de chaleur renouvelables ».

Vincent Jacques le Seigneur
Président d'Observ'ER