Éditorial du n° 229 de Systèmes Solaires, le Journal des Énergies Renouvelables

Veni, Vidi, Vici

Le 20 août dernier, au lendemain de la rentrée gouvernementale, François Hollande, accompagné de la ministre de l’Énergie, Ségolène Royal et du secrétaire d’État à la Réforme territoriale, André Vallini, venu en voisin, se sont rendus à l’Institut national de l’énergie solaire (Ines), sur les rives du lac du Bourget, en Savoie.

Certains, toujours d’humeur chagrine, ont regretté que le président n’ait apporté dans sa besace quelques moyens en espèces sonnantes et trébuchantes. Ce n’était pourtant pas l’enjeu de cette visite surprise, mais non
surprenante. Il s’agissait d’illustrer la loi sur la transition énergétique tout juste promulguée par le chef de l’État(1), l’occasion de rappeler les objectifs pour notre secteur : 32 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique
en 2030, et 40 % de la production d’électricité, ainsi que la feuille de route pour les atteindre. « Cette loi est un événement, une chance considérable pour la France, une ligne de conduite pour les vingt prochaines années », a-t-il martelé avec conviction devant un public acquis.

« Le Syndicat des énergies renouvelables et l’ensemble des entreprises qu’il représente se félicitent de la promulgation de la loi dont il juge les ambitions tout à la fois enthousiasmantes et raisonnables », a déclaré Jean-Louis Bal, président du SER. D’aucuns se sont voulus plus circonspects : « Une loi en France n’a jamais fait le printemps. La véritable efficacité énergétique du gouvernement se mesurera par sa capacité à publier les 150 arrêtés et décrets d’application avant la COP21 », a répondu par communiqué de presse interposé Daniel Bour, le président du syndicat professionnel Enerplan.

Il y eut pourtant ce jour-là, et les semaines qui suivirent, des annonces précises, chiffrées et d’application immédiate : le doublement des deux appels d’offres pour les installations photovoltaïques de moyenne et grande puissance, portés respectivement de 120 MW à 240 MW et de 400 MW à 800 MW. Puis, plus important, l’objectif revu à la hausse de la puissance solaire installée, porté à 8 000 MW d’ici à la fin 2020, contre les 5 400 MW prévus en 2009 par le Grenelle de l’environnement, mais d’ores et déjà atteints(2). Enfin, à quelques semaines de la COP21, nul ne pourra nier que cette visite a donné un coup d’accélérateur à la mise en oeuvre d’un certain nombre d’outils indispensables : décret sur le complément de rémunération, prolongation du crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE), appels à projets pour la création de copropriétés à énergie positive et pour les PME, ainsi que pour la production d’énergies renouvelables à partir d’investissements participatifs…

Veni, vidi, vici(3). Au-delà des lois et des textes d’application comme des déclarations d’intention, nul doute que de telles visites sont utiles, ne serait-ce qu’en raison de l’écho qu’elles donnent au travail des acteurs de terrain. Reste à espérer que le président aura la volonté de vaincre toutes les réticences, les résistances croissantes des tenants de l’ancien régime énergétique “fossile, fissile et jacobin”. Il est impératif que la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui couvrira la période 2016-2023, puisse décliner sans délai les objectifs de mix énergétique prévus par la loi dans un schéma annuel contraignant, tout en simplifiant et en raccourcissant les procédures administratives. Alors oui, cette loi aura été un évènement.

Vincent Jacques le Seigneur
Président d'Observ'ER

(1) La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte publiée le 18 août 2015 au Journal officiel.
(2) Arrêté publié le 30 août au Journal officiel.
(3) Jules César : « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu ».